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Génération Démocratie : Interview avec Honorable Patrick Muyaya

En préparation du lancement africain de Génération Démocratie au Sénégal du 28 au 30 octobre, l’Honorable Patrick Muyaya, député à l’Assemblée Nationale de la République Démocratique du Congo (RDC) et invité d’honneur de la conférence, a accordé une interview exclusive à l’IRI pour partager ses impressions sur l’implication des jeunes africains en politique. Voici ci-dessous le texte en son intégralité :

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En Afrique, la politique est pour beaucoup considérée comme une affaire de corrompus. Cette observation ne résume pourtant pas le fond et la forme de l’action politique pensée et exécutée par ceux qui la pratiquent.

Si nous, jeunes, souhaitons avoir un jeu politique plus sain, plus focalisé sur les besoins et préoccupations des populations, il est impératif que nous devenions nous-mêmes des acteurs afin de façonner ce jeu politique selon ce que nous pensons être l’idéal.

Edmund Burke a dit un jour ceci : « Le mal doit son triomphe à l’inaction des hommes bons. » Comme pour dire que la passivité répulsive de la politique par la jeunesse est suicidaire pour les générations futures.

Pourquoi est-il important pour la jeunesse africaine d’être impliquée dans la politique ?

En Afrique, l’implication des jeunes dans la politique est d’une nécessité impérieuse. En effet, le contexte actuel est marqué :

- d’un côté, par la désaffection des populations vis-à-vis de la politique du fait d’un déficit criard de culture politique démocratique,

- et de l’autre, par l’inefficacité des politiques actuelles à transformer de manière positive les conditions de vie de ces populations, notamment en créant des emplois pour les jeunes en croissance rapide.

Ceci a instauré de manière tacite un cercle vicieux suicidaire pour l’avenir de la jeunesse africaine. En ce sens que : plus les jeunes se désintéressent de la politique et de la chose publique, plus les décisions qui concernent leur futur sont prises par d’autres membres d’une classe politique qui a pour la plupart dépassé la cinquantaine.

Ces vieux routiers de la politique se voient confortés à demeurer hostiles au renouvellement planifié et encadré de la classe politique à des postes décisionnels. Il suffit de voir leurs comportements tant au niveau des partis politiques (faits-privés) que des institutions publiques telles que les gouvernements, les parlements, etc.

Il y a lieu de reconnaître cependant quelques efforts embryonnaires par ailleurs, fournis jusque-là dans quelques pays africains pour promouvoir la jeunesse qui rêve et qui a des ambitions.

Face aux divers enjeux de développement de l’Afrique, l’implication des jeunes en particulier dans la politique s’avère plus que jamais importante. Les jeunes ont d’autant plus intérêt à y participer que leur avenir immédiat en dépend grandement. Ils ne peuvent rester dans une position de spectateurs et de plaintifs. Ils doivent s'impliquer en participant activement dans la vie politique afin d’apporter le changement voulu et recherché par tous.

Pour y parvenir, cela passe par une prise de conscience collective pour valoir et se faire valoir dans la méritocratie et non dans une quelconque hostilité avec les vieux routiers avec qui les jeunes doivent travailler dans une mixture : dynamisme – sagesse.

La politique étant une carrière, plus tôt vous la commencez, plus tôt vous vous astreignez à une obligation de résultats. Et mon observation atteste qu’en Afrique, « quelles que soient leurs différences d'opinion les jeunes sont dotés d'un esprit de vigueur et de changement ».

Comment avez-vous commencé par être impliqué en politique ?

Mon intérêt pour la politique est ancien. Je ne saurais pas vous le dire exactement mais je me souviens qu'avant 10 ans, je m'intéressais déjà à la politique.

Grace à ma mère qui travaillait au Parlement où je m’y rendais très souvent, je rencontrais des politiciens (parlementaires) qui ne discutaient que des questions politiques. J’ai donc grandi dans cet environnement.

Mon implication est devenue effective lorsque j'ai décidé de devenir journaliste. Je me suis justement spécialisé sur les questions politiques et tout est parti de là.

Et j’ai fini par m’engager au sein d’un parti politique consécutivement à une expérience personnelle ayant marqué mon parcours. Ce fût une démarche construite, réfléchie et guidée par des motivations et convictions personnelles bien comprises et bien cernées.

Pourquoi avez-vous choisi de faire de la politique ?

Comme Conseiller Principal chargé de la Communication à la Primature, à la suite de ma carrière de journaliste, j'ai pu appréhender l'ampleur de la tâche qu'incombe à nos dirigeants. La politique est le principal point sur lequel on peut agir et donner un coup de pouce au développement du pays.

Je suis parti d'un constat. En observant les jeunes de ma génération, la plupart d'entre eux sont quelques peu désespérés dans un environnement dominé par la pauvreté, le manque d'éducation et le manque d'emplois. J'ai voulu m'engager pour agir contre cet état des choses en apportant ma jeunesse et ma contribution à l'action qui était engagée.

Par mon engagement, j'ai voulu prêcher par l'exemple pour que d'autres jeunes qui pensent pouvoir changer le monde puissent venir avec moi et faire marche commune.

Je reste convaincu de la nécessité de :

- conscientiser et inspirer les jeunes à constituer un véritable poids électoral afin d’influencer l’agenda politique, participer à la désignation des gestionnaires publics, accéder aux postes de décision et orienter l’action politique au service du peuple ;

- défendre l’intérêt et les préoccupations des jeunes qui sont de divers ordres ;

- travailler pour le renouvellement générationnel à travers l’émergence d’un nouveau leadership politique que les jeunes devront assurer. Ce, après un apprentissage et formation sur les mécanismes de la gestion de la cité, et la transmission de la culture, des valeurs, des savoirs et savoir-faire des générations précédentes.

Quel a été votre plus grande réussite en tant que jeune leader congolais ?

Mon élection a été une première réussite. Mais elle n'est pas ma plus grande puisque mes idées ne portent pas encore autant que j'aurais voulu...

Je réussirai le jour où la classe dirigeante sera massivement peuplée de jeunes. Ce ne sera que le reflet de la majorité démographique de notre pays. Nous ne pouvons pas penser réussir en n’ayant pas dans les feux de l'action ceux qui appartiennent à la catégorie majoritaire.

Comment voyez-vous la conférence Génération Démocratie jouer un rôle pour les jeunes leaders africains ?

Elle est importante dans la mesure où elle rassemble les jeunes africains qui connaissent tous les mêmes défis autour de la thématique de la démocratie qui est aujourd’hui présentée comme le modèle de gouvernance qui place le peuple en amont et en aval de l’action politique.

Génération Démocratie offre un cadre d'échanges qui permet un enrichissement mutuel. Voir des jeunes qui ont réussi à percer au niveau politique est un élément majeur de motivation dans l'action pour d’autres. C'est une initiative à encourager et à soutenir vivement.

Félicitations à l’IRI !

Posted by

Roger Mitchell

Program Officer, Latin America & the Caribbean